Comment évaluer les applications de lecture pour enfants : 7 critères qui comptent vraiment
Par Équipe éditoriale Readigo · 2026-05-17 · 14 min de lecture
Réponse courte
Une bonne application de lecture coche sept cases : elle s'appuie sur les sciences cognitives de la lecture (la Science of Reading des pays anglophones, synthétisée par le National Reading Panel américain) ; elle enseigne le code de façon explicite ; elle fait lire votre enfant à voix haute au lieu de le faire tapoter sur l'écran ; elle lui dit, mot par mot, ce qui va et ce qui coince ; elle vous montre de vrais comptes rendus ; elle ne contient ni publicité ni achats intégrés ; elle protège les données des enfants (le RGPD en Europe, la loi COPPA aux États-Unis). Passez votre chemin si une application aligne les formules à la mode sans citer la moindre étude, ou si elle transforme la lecture en chasse aux pièces d'or.
Pourquoi ce choix compte plus qu'on ne le croit
Les applications de lecture se comptent par milliers, et la plupart ne valent pas grand-chose. Il y en a plus de 4 000 sur l'App Store et Google Play. Beaucoup n'apprennent pas à lire du tout : ce sont des divertissements habillés en outils éducatifs, conçus pour retenir l'attention plutôt que pour faire progresser. Le choix compte parce que les débuts en lecture pèsent sur toute la suite. En 1986, le psychologue Keith Stanovich a décrit ce qu'il appelle l'effet Matthieu (Matthew Effects in Reading) : les enfants qui lisent bien tôt lisent davantage, apprennent plus de mots, accumulent plus de connaissances et prennent de l'avance dans toutes les matières. Ceux qui peinent lisent moins et décrochent un peu plus. L'écart se creuse d'année en année. Concrètement, un enfant qui a de bonnes bases vers 7 ans arrive au CE2 en lisant pour apprendre. Sans ces bases, il arrive au CE2 en apprenant encore à lire, et la classe, elle, n'attend plus. Aux États-Unis, une étude de Donald Hernandez (2011) a montré que les élèves qui ne lisent pas couramment à la fin de la third grade (l'équivalent de notre CE2) ont quatre fois plus de risques de quitter le lycée sans diplôme. Tout le reste repose sur ces années-là. Une application utilisée 15 minutes par jour, année après année, finit par peser lourd. Une bonne application rend ce temps utile. Une mauvaise le gaspille, ou pire, installe des habitudes qu'il faudra défaire. Ce guide vous aide à les distinguer.
Démo
Ce que l'application entend sur un court passage
La démo démarre toute seule. Les mots s'allument un à un, comme quand l'application suit un enfant qui lit à voix haute, et le défilement ralentit là où il bute.
Milo le renard a trouvé un cerf-volant rouge coincé tout en haut du vieux chêne, et il a tiré jusqu'à le décrocher.
Les mots difficiles sont soulignés en orange.
Critère 1 : une méthode fondée sur la recherche
Première question : l'application s'appuie-t-elle sur les sciences cognitives de la lecture ? Ce corpus de recherche a été synthétisé aux États-Unis par le National Reading Panel (2000), qui a passé en revue environ 100 000 études sur la lecture et n'en a retenu, pour ses méta-analyses, qu'un petit nombre, les plus rigoureuses. Il en ressort cinq piliers : la conscience phonémique, l'enseignement explicite du code (les correspondances entre lettres et sons), la fluence, le vocabulaire et la compréhension. Les programmes américains sérieux depuis 2000 (Wilson, Barton, Fundations, Orton-Gillingham) sont construits sur ces cinq piliers. En France, c'est aussi la ligne que le ministère fixe pour le CP dans son « guide orange » : un enseignement explicite et progressif du code. Une application sérieuse : - Dit clairement sur quelle méthode elle repose, sur son site ou sur sa fiche App Store. Elle nomme son cadre (sciences cognitives de la lecture, enseignement explicite, méthode syllabique) et cite de vraies études et de vrais chercheurs (Stanovich, Shaywitz, Wolf, Seidenberg, ou en France Stanislas Dehaene). - Publie sa progression, c'est-à-dire l'ordre dans lequel elle enseigne les sons et les graphèmes. Si l'éditeur est incapable de vous la montrer, vous avez votre réponse. - Ne fait pas deviner. Pas de « regarde l'image » ni de « qu'est-ce qui irait bien ici ? ». Quand l'enfant bloque, on revient aux lettres et aux sons. (Le débat est détaillé dans méthode syllabique ou méthode globale.) - S'entoure de gens compétents : chercheurs en sciences cognitives, orthophonistes, enseignants spécialisés, orthopédagogues au Québec. Pas seulement des ingénieurs et des commerciaux. Méfiez-vous des applications dont la publicité repose sur des formules creuses (« tuteur intelligent », « apprentissage adaptatif », « parcours personnalisé ») sans un mot sur la recherche en lecture. La technique a toute sa place quand elle sert à quelque chose, par exemple une reconnaissance vocale réglée pour les voix d'enfants, ou une difficulté qui s'ajuste aux progrès de l'enfant. Mais quand il n'y a qu'un slogan, c'est en général qu'il n'y a pas de méthode. Les sciences cognitives de la lecture existaient bien avant ces étiquettes. Une application qui les ignore n'est pas fondée sur la recherche, c'est du marketing.
Critère 2 : un enseignement explicite du code
Ce qui décide le plus si une application apprend vraiment à lire, c'est la façon dont elle enseigne le code : de manière explicite, structurée et progressive. Explicite : l'application dit la règle à l'enfant. « La lettre m fait /mmm/. » Rien à découvrir tout seul, rien à deviner. Structurée : les sons arrivent dans un ordre réfléchi, du simple au complexe. D'abord les voyelles et les consonnes qu'on peut faire durer (m, l, r, s, f), puis les syllabes simples (ma, li, ro), puis les graphèmes complexes (ou, on, an, oi, ch), enfin les plus rares (ill, gn, eau). Le fréquent passe avant le rare, et chaque son s'appuie sur les précédents. Progressive : chaque leçon reprend la précédente. Rien n'est enseigné isolément, et tout est révisé régulièrement. Signal d'alarme : l'application demande à l'enfant de « trouver » le son d'une lettre en touchant l'écran au hasard jusqu'à tomber juste. L'apprentissage par découverte laisse sur le bord du chemin les lecteurs en difficulté et les enfants dyslexiques, ceux qui ont le plus besoin d'un enseignement explicite. Autre signal d'alarme : le code n'est qu'une « stratégie » parmi d'autres, à côté de deviner d'après l'image, d'après le contexte, ou de mémoriser des mots entiers. Aux États-Unis, on appelle cela le three-cueing (les « trois indices »), un héritage de la balanced literacy que la recherche fait reculer depuis une vingtaine d'années. En France, on y reconnaît la devinette des méthodes globales et semi-globales. Mark Seidenberg (Language at the Speed of Sight, 2017) et Castles, Rastle et Nation (Ending the Reading Wars, 2018) sont nets : le code n'est pas une stratégie parmi d'autres, c'est la stratégie. Un test simple : pendant la première semaine (avec l'essai offert si l'application en propose un, sinon avec sa formule la moins chère), regardez les 3 à 5 premières leçons. Savez-vous quel son est travaillé ? Devinez-vous ce qui vient ensuite ? Si vous ne le voyez pas, le cerveau de votre enfant ne le verra pas non plus.
Critère 3 : une vraie lecture à voix haute
La lecture se construit en lisant à voix haute, avec un retour. C'est l'un des résultats les plus solides de la recherche, depuis les travaux de Samuels (1979) sur la lecture répétée. L'enfant lit à voix haute, quelqu'un l'écoute, et les erreurs sont reprises sur le moment. Au fil des mois, avec une pratique quotidienne, le déchiffrage s'automatise. Or la plupart des applications de lecture ne font pas lire l'enfant à voix haute. Elles lui demandent de : - toucher la lettre qui correspond à un son ; - faire glisser des mots dans une phrase ; - associer des images et des mots ; - écouter une histoire lue par l'application en suivant le texte des yeux ; - choisir la bonne réponse dans un QCM. Tout cela touche à la lecture, mais rien de tout cela n'est de la lecture. Un enfant peut tout réussir sans lire un seul mot à voix haute. Le travail du cerveau qui apprend à lire, la construction du circuit de la lecture comme l'appelle Maryanne Wolf dans Proust and the Squid (2007), se fait quand l'enfant transforme lui-même l'écrit en sons, avec sa propre voix. Tapoter en silence construit peut-être autre chose, mais pas ce circuit-là. Une application qui vaut la peine : - fait de la lecture à voix haute l'activité principale, pas un bonus ; - utilise la reconnaissance vocale pour vérifier ce que l'enfant a vraiment lu ; - donne un retour mot par mot : ce qui était juste, ce qui a été mal lu, ce qu'il faut retravailler. Si l'activité centrale ne passe pas par la lecture à voix haute, l'application n'apprend pas à lire. Elle fait travailler l'association entre lettres et sons, ou le vocabulaire. Cela peut compléter, pas remplacer.
Critère 4 : la qualité du retour
C'est le retour qui transforme l'entraînement en apprentissage. Un enfant qui lit à voix haute sans que personne ne réagisse en tire un peu de bénéfice. S'il est repris au bon moment, il en tire beaucoup plus. Un bon retour est : - Précis, au mot près. « Tu as hésité sur château, on le relit ensemble ? » Pas un « bravo ! » général, pas une étoile dorée. - Tourné vers le code. Quand l'enfant se trompe, la relance renvoie aux lettres : « Comment se lit ch ? » Pas « regarde l'image » ni « qu'est-ce qui irait bien ici ? ». - Patient. Il laisse 2 à 3 secondes avant de corriger, le temps pour l'enfant de se reprendre tout seul. - Juste. Il fait la différence entre un défaut de prononciation (un léger zozotement, un accent) et une vraie erreur de lecture (lire poison au lieu de poisson). La plupart des reconnaissances vocales récentes y arrivent. Pas toutes. - Suivi dans le temps. Il garde la trace des erreurs qui reviennent, pour que l'entraînement cible les points faibles. Un mauvais retour, c'est : - Des récompenses sans information. Pièces, étoiles, badges, monstres à collectionner. Ce n'est pas un retour : cela dit à l'enfant qu'il a fait quelque chose, pas ce qu'il a réussi ou raté. - Des erreurs cachées. Certaines applications ne montrent aucune erreur, pour « rester positives ». C'est le pire choix possible, puisque l'enfant ne sait pas quoi retravailler. - Du tout ou rien. Une erreur sur dix mots, et toute la phrase est comptée fausse. Ou pire, comptée juste. C'est la qualité du retour qui décide si la pratique quotidienne fait progresser ou si elle tourne à vide. Testez-la dès la première semaine : lisez faux exprès et regardez comment l'application réagit.
Critère 5 : ce que voient les parents
Une application qui ne vous montre pas ce qui se passe a quelque chose à cacher. Posez-vous cette question : l'espace parents vous dit-il précisément ce que votre enfant sait faire, et ce qui lui résiste encore ? Un compte rendu utile montre : - Les mots et les sons précis qui ont posé problème cette semaine. « A buté sur oiseau, trois, froid : le son oi est à retravailler. » - L'évolution de la vitesse de lecture. En MCLM (mots correctement lus par minute), si possible comparée à des repères pour l'âge. En France, ce sont les repères de l'Éducation nationale ; les normes de Hasbrouck et Tindal (2017), souvent citées, ont été établies en anglais. - Le temps passé à lire, pas seulement le temps passé dans l'application. Sur 20 minutes, combien de lecture réelle, et combien d'animations ou de menus ? - Les sons maîtrisés. « Acquis : les voyelles, les syllabes simples, ou, on. En cours : oi, an/en, les lettres muettes. » - La suite conseillée. Quels sons ou quels livres travailler ensuite. Un compte rendu inutile, c'est : - « A lu 18 minutes aujourd'hui ! » Le temps passé dans l'application n'est pas du temps de lecture : ce peut être 2 minutes de lecture et 16 de dessins animés. - « A gagné 47 pièces ! » Les pièces disent que l'enfant a joué le jeu des récompenses, pas qu'il a lu. - « 3 leçons terminées ! » Terminer n'est pas maîtriser. On peut finir une leçon en la ratant. - Des niveaux génériques (« Niveau 4 sur 12 ») sans explication de ce que veut dire le niveau 4. Le vrai test : au bout d'un mois, pouvez-vous avoir une conversation précise avec l'enseignant ? « Il maîtrise les syllabes simples et les sons ou et on, bute encore sur oi et an/en, lit environ 75 mots correctement par minute » : voilà qui fait avancer. « Il adore l'application et il a gagné 800 pièces » : non.
Critère 6 : aucune manipulation
Beaucoup d'applications dites éducatives sont conçues par des équipes venues du jeu vidéo, dont le métier est d'allonger les sessions et de faire revenir les joueurs. Le but est de retenir l'enfant, pas de le faire apprendre. Voici comment le repérer. Signaux d'alarme : - Les achats intégrés. Nouveaux personnages, costumes, niveaux, pièces à 2,99 €. Une application qui vend des choses à un enfant est conçue pour lui donner envie d'acheter. C'est incompatible avec l'apprentissage. - La publicité. Même « adaptée aux enfants », elle n'a rien à faire dans une application de lecture. Elle interrompt l'enfant, et elle l'habitue à être interrompu. - Les récompenses aléatoires. Cadeaux surprises, coffres mystère, bonus qui grossissent avec la série. Ce sont des boucles de dopamine, efficaces pour retenir l'enfant, sans rapport avec la pédagogie. - La série qui culpabilise. Des notifications du genre « tu vas perdre ta série ! » qui poussent l'enfant à ouvrir l'application par culpabilité. Un compteur de jours peut aider à installer une habitude ; culpabiliser l'enfant, c'est franchir la ligne. - Les notifications. Une application de lecture n'a aucune raison d'en envoyer à un enfant. C'est le parent qui choisit le moment, pas l'application. Des notifications insistantes servent à multiplier les sessions, pas à apprendre. - L'enchaînement automatique. Comme la lecture automatique sur YouTube, tout est fait pour garder l'enfant au-delà du moment où il se serait arrêté. Une séance de lecture doit finir à l'heure prévue, pas quand l'enfant n'en peut plus. Bons signes : - Une structure prévisible. La même séance chaque jour (leçon, entraînement, lecture à voix haute), sans cadeau surprise ni surenchère. - Une durée fixée par le parent, que l'application respecte. Quand le temps est écoulé, la séance se termine proprement. - Ni publicité, ni achats intégrés, ni sollicitation commerciale côté enfant. Tout ce qui concerne l'abonnement se passe dans l'espace parents, jamais sous les yeux de l'enfant. La plupart des applications de lecture gratuites vivent de la captation de l'attention. Ce n'est pas un hasard : c'est leur modèle économique. Une petite application payante (de 5 à 15 € par mois) est souvent un meilleur calcul pour la famille, parce que son modèle ne repose pas sur le temps d'attention d'un enfant de 7 ans.
Critère 7 : la confidentialité (RGPD, COPPA)
Aux États-Unis, la loi COPPA (Children's Online Privacy Protection Act) encadre les données que les applications peuvent collecter auprès des enfants de moins de 13 ans. En Europe, c'est le RGPD qui s'applique, avec des règles renforcées pour les mineurs. Une application de lecture doit respecter sans ambiguïté le cadre du pays où elle est utilisée. Bons signes : - Une politique de confidentialité claire sur les données des enfants, lisible, pas noyée dans le jargon juridique. - Rien de plus que le nécessaire. Un pseudonyme, un âge, la progression en lecture. Pas de nom complet, d'adresse, de numéro de téléphone, de photos ni de contacts. - Aucun traceur publicitaire. Pas de pixel Facebook, pas de pixel AdWords, pas de kit de publicité ciblée. - La suppression sur demande. Vous pouvez effacer le compte de votre enfant et ses données. Certaines entreprises rendent cela simple, d'autres en font un parcours du combattant. - Des données ni vendues ni partagées. La politique dit noir sur blanc que les données de l'enfant ne sont cédées ni à des courtiers, ni à des annonceurs, ni à d'autres tiers. - Un label COPPA Safe Harbor. Facultatif, mais c'est un bon signe. KidSAFE, iKeepSafe et quelques autres organismes américains vérifient que les applications protègent les données des enfants. Signaux d'alarme : - Une note de confidentialité Common Sense Media sous 80 %. Cet organisme américain note les applications sur la collecte, le partage et la sécurité des données. Sous 80 %, c'est orange. Sous 60 %, c'est rouge. - Une sanction récente. Cherchez « [nom de l'application] FTC settlement » pour savoir si l'éditeur a été sanctionné aux États-Unis pour non-respect de la COPPA ; plusieurs applications connues l'ont été. En France, la CNIL publie ses sanctions. - Un accès au micro sans explication. Si l'application utilise le micro (normal pour la lecture à voix haute), elle doit dire ce que devient l'enregistrement. En général : « traité pour la reconnaissance vocale, non conservé ». - Des formules floues du type « peut partager avec des partenaires ». Une vraie politique de confidentialité est précise. Le flou cache la pratique réelle. Common Sense Media reste la ressource la plus pratique pour connaître la note de confidentialité d'une application, même si elle s'adresse surtout aux familles américaines. Si une application de lecture y obtient moins de 80 %, cherchez ailleurs.
Le test des sciences cognitives de la lecture (les piliers du NRP)
Un test en 5 questions, à faire avec n'importe quelle application. Ouvrez-la, faites quelques leçons, et répondez : 1. Travaille-t-elle la conscience phonémique ? Y a-t-il des activités où l'enfant joue avec les sons des mots à l'oral, sans les lettres ? (« Dis moto sans le /m/. » « Quel est le premier son de lune ? ») Si non, il manque un pilier. 2. Enseigne-t-elle le code avec méthode ? Y a-t-il une progression claire, les syllabes simples avant les graphèmes complexes, ou et on avant oin et ill ? Savez-vous quel son est travaillé ? Si non, l'enfant associe des formes au hasard, il n'apprend pas le code. 3. Construit-elle la fluence par la lecture à voix haute ? Votre enfant lit-il vraiment à voix haute pendant que l'application écoute ? Si non, elle travaille des compétences voisines, pas la fluence. 4. Enrichit-elle le vocabulaire ? Les mots nouveaux sont-ils présentés en contexte, avec une explication ou un exemple ? Les textes sont-ils au bon niveau, assez riches pour rencontrer des mots nouveaux, assez simples pour suivre l'histoire ? Si les textes sont plats, le vocabulaire progresse peu. 5. Soutient-elle la compréhension ? Y a-t-il des questions, des hypothèses sur la suite, un échange sur ce qui a été lu ? Ou la compréhension est-elle censée venir toute seule une fois le déchiffrage acquis ? Sans travail de compréhension, l'application passe à côté du pilier que tous les autres servent. Une application qui coche les 5 est rare. Une application qui en fait bien 3 ou 4, et qui laisse le reste aux parents ou à l'école, est en général un bon choix. Une application qui en coche 0 ou 1 est un jeu, pas un outil de lecture.
Application, professionnel ou livres papier : que choisir et quand ?
Question honnête : avez-vous seulement besoin d'une application ? Tout dépend de ce que vous cherchez. Les livres papier restent la base. En anglais, il existe des collections de livres déchiffrables (Bob Books, Flyleaf, Geodes, Half-Pint Readers). En français, ce sont les premières lectures écrites avec les sons déjà étudiés, comme les petits albums Sami et Julie de Hachette Éducation. Ils sont peu chers, sans écran, empruntables en médiathèque, sans souci de données ni d'achats intégrés. Pour la plupart des enfants, la bonne réponse est une pile de livres à leur niveau et un parent qui écoute 15 minutes par jour. (Voir la liste de livres déchiffrables par niveau.) Une application est utile quand : - Vous ne pouvez pas vous asseoir pour écouter 15 minutes tous les jours. L'application prend le relais les soirs où vous n'y arrivez pas. - Votre enfant a besoin de plus de répétitions que vous ne pouvez lui en offrir. C'est souvent le cas des enfants dyslexiques, qui ont besoin de beaucoup plus de répétitions pour fixer les sons. - Vous voulez savoir précisément ce qui coince. Une bonne application montre quels mots ont fait trébucher votre enfant cette semaine. Un livre papier, non. - Votre enfant stagne sans que vous compreniez pourquoi. Une bonne reconnaissance vocale repère des erreurs qu'un parent fatigué laisse passer. Un professionnel est nécessaire quand : - Votre enfant est dyslexique, ou nettement en retard sur ce qu'on attend dans sa classe. - La pratique quotidienne à la maison ne donne rien. - L'école n'enseigne pas le code de façon explicite. (Voir méthode syllabique ou méthode globale.) En France, ce professionnel est l'orthophoniste (sur prescription médicale), et à l'école le RASED ; au Québec, l'orthopédagogue et l'orthophoniste. Aux États-Unis, on passe par des programmes comme Wilson ou Barton, ou par un tuteur formé à la méthode Orton-Gillingham. La plupart des familles gagnent à combiner : des livres pour la routine du soir, une application pour la régularité et le suivi, une aide extérieure si la maison ne suffit pas. Ces solutions s'additionnent, elles ne s'opposent pas. La mauvaise question : « Qu'est-ce qui est mieux, l'application ou les livres ? » La bonne : « De quoi mon enfant a-t-il besoin, et quel est le moyen le plus régulier de le lui apporter ? »
Où se situe Readigo (honnêtement)
Readigo est une application de lecture parmi d'autres. Voici, critère par critère, ce qu'elle fait et ce qu'elle ne fait pas. Readigo au regard des 7 critères : - La recherche. Readigo part de ce que le National Reading Panel (2000) a établi sur la lecture orale guidée : on progresse en lisant à voix haute chaque jour, avec un retour immédiat. Elle évalue la lecture à partir des correspondances entre lettres et sons. Ses sources sont détaillées sur la page science. - Le code. Readigo n'est pas une méthode de CP : elle n'enseigne pas les sons un par un. Elle sert pendant et après l'apprentissage du code, quand l'enfant doit s'entraîner à lire des phrases et des histoires. - La lecture à voix haute. C'est l'activité centrale : votre enfant lit à voix haute une histoire à son niveau, en français ou en anglais, pendant que l'application l'écoute. Pas de tapotement ni d'association d'images. - Le retour mot par mot. Chaque phrase est évaluée sur quatre critères (la précision, la fluidité, le rythme et la clarté), et les mots sur lesquels votre enfant a buté sont signalés, pas cachés. Igo, le petit dragon, l'encourage. - Ce que voient les parents. L'Espace parents montre les mots manqués et l'évolution des quatre scores, et vous recevez chaque semaine un rapport de lecture. (Voir l'Espace parents.) - La manipulation. Pas de publicité. Readigo utilise des séries de jours et des étincelles pour entretenir l'habitude : à vous de juger, avec la grille ci-dessus, si elles restent du côté de l'encouragement. - La confidentialité. Readigo respecte la COPPA et le RGPD, collecte le minimum de données, et l'enregistrement du micro est traité pour la reconnaissance vocale, puis n'est pas conservé. Ce que Readigo ne fait pas : - Remplacer un orthophoniste pour un enfant dyslexique. Un professionnel formé s'adapte avec une finesse qu'aucune application n'égale. - Remplacer l'histoire que vous lisez à votre enfant le soir. Le vocabulaire, la compréhension et le goût d'une lecture expressive se nourrissent d'une vraie personne et d'un vrai livre. - Donner envie de lire à tous les enfants. Certains résistent à toute forme d'entraînement. L'application aide, mais un logiciel ne règle pas à lui seul un problème de motivation. Pour comparer : d'autres applications méritent votre attention, en particulier les outils français pour apprendre le code, comme Lalilo, GraphoGame ou ANTON, et les méthodes Boscher et Sami et Julie. Nos comparaisons point par point sont dans la section comparatifs, avec les forces et les limites de chacun. Il existe aussi un panorama des principales applications de lecture pour enfants si vous voulez une vue plus large. Cet article n'est pas une publicité pour Readigo : c'est une grille pour évaluer n'importe quelle application, la nôtre comprise.
Pour décider
La grille de décision, en 5 minutes. 1. Testez d'abord une semaine. Beaucoup d'applications de lecture proposent un essai offert. D'autres, dont Readigo, n'en ont pas : le premier mois (9,99 €, ou 12,99 $ au Canada) est alors la porte d'entrée la moins chère. Dans les deux cas, utilisez-la une semaine entière avec votre enfant avant de vous engager pour un an. Si elle échoue aux 7 critères, passez à autre chose. 2. Faites le test des piliers. Couvre-t-elle les 5 piliers (conscience phonémique, code, fluence, vocabulaire, compréhension) ? Au minimum les 3 premiers. 3. Regardez votre enfant s'en servir. Lit-il à voix haute ou tapote-t-il en silence ? Est-ce la lecture qui l'accroche, ou les récompenses ? Reçoit-il un retour qui l'aide, ou des récompenses qui le distraient ? 4. Ouvrez l'espace parents. Au bout d'une semaine, savez-vous ce que votre enfant sait faire et ce qui lui résiste ? Sinon, l'application vous cache ses données. 5. Vérifiez la confidentialité. Regardez la note Common Sense Media, vérifiez que l'application respecte le RGPD (et la COPPA), lisez quelles données elle collecte. 6. Choisissez ce qui convient à votre enfant et à votre quotidien. La meilleure application de lecture est celle que votre enfant utilise vraiment 15 minutes par jour. Une application simple qui sert vaut mieux qu'une application sophistiquée qui dort. Les applications de lecture vont continuer de changer : nouveaux venus, nouvelles promesses, nouvelles étiquettes. Cette grille, elle, ne bouge pas, parce qu'elle repose sur la recherche en lecture et non sur les modes du marketing. Appliquez-la à Readigo, à ses concurrents, et à ce que l'App Store sortira l'an prochain. Pour la recherche de fond, voir le guide des sciences cognitives de la lecture. Pour des comparaisons point par point, parcourez nos pages comparatives.
Sources
- National Reading Panel (2000) - Teaching Children to Read
- Stanovich, K. (1986) - Matthew Effects in Reading
- Hernandez, D. J. (2011) - Double Jeopardy: How Third-Grade Reading Skills and Poverty Influence High School Graduation
- Castles, A., Rastle, K. & Nation, K. (2018) - Ending the Reading Wars
- Seidenberg, M. (2017) - Language at the Speed of Sight
- Wolf, M. (2007) - Proust and the Squid
- International Dyslexia Association - Structured Literacy
- Hanford, E. (2022) - Sold a Story (APM Reports)
- Common Sense Media - Privacy Evaluations
- Samuels, S. J. (1979) - The method of repeated readings
- Federal Trade Commission - Children's Online Privacy Protection Rule (COPPA)