Les étapes de la lecture selon l'âge : à quoi s'attendre de 4 à 12 ans
Par Équipe éditoriale Readigo · 2026-05-16 · 17 min de lecture
Réponse courte
Les étapes de la lecture selon l'âge : à 4–5 ans, en moyenne et en grande section, l'enfant apprend les lettres et commence à assembler les sons. Vers 6–7 ans, l'année du CP, la plupart déchiffrent des phrases simples. Vers 8–9 ans, ils lisent des romans jeunesse avec de plus en plus d'aisance. Entre 10 et 12 ans, la compréhension et la lecture expressive prennent le relais. Les écarts entre enfants sont normaux, et une pratique régulière compte davantage que l'âge exact auquel chaque étape arrive.
Vue d'ensemble : comment la lecture se met en place
La lecture ne s'allume pas d'un coup. Elle se construit par étapes, et ces étapes arrivent dans un ordre prévisible. Pour s'y retrouver, deux modèles de chercheuses américaines sont les plus utiles aux parents : les stades de développement de la lecture de Jeanne Chall (1983) et les phases de la lecture des mots de Linnea Ehri (1995, 2005). On les retrouve dans tous les ouvrages sérieux sur l'apprentissage de la lecture, et ils valent la peine d'être connus. Les stades de Chall couvrent toute la vie de lecteur, de la naissance à l'âge adulte. Les premiers concernent directement les parents : - Stade 0, la pré-lecture (de la naissance à 6 ans) : le langage oral, le goût des histoires, l'enfant qui « lit » de mémoire un album qu'il connaît par cœur, la reconnaissance des lettres. - Stade 1, le déchiffrage (6–7 ans) : l'enfant assemble les sons, lit ses premières syllabes et de courts textes déchiffrables. - Stade 2, la consolidation et la fluence (7–8 ans) : les mêmes mots sortent désormais vite et juste. - Stade 3, lire pour apprendre (9–13 ans) : l'effort ne porte plus sur le déchiffrage mais sur ce que le texte apprend. Chall a surtout rendu célèbre le tournant du CM1 (la « quatrième année » des écoles américaines) : avant, l'enfant apprend à lire ; après, il lit pour apprendre. Un enfant qui peine encore à déchiffrer à l'entrée en CM1 n'a pas seulement du retard en lecture : c'est tout le reste du programme qui lui échappe. Les phases d'Ehri regardent de plus près la lecture des mots : - Pré-alphabétique : l'enfant reconnaît des mots comme des dessins (le logo de McDonald's, son prénom). - Alphabétique partielle : il relie quelques lettres à quelques sons. - Alphabétique complète : il sait lire un mot qu'il n'a jamais vu en assemblant les sons. - Alphabétique consolidée : il lit par morceaux (-tion, -ette, -ille) au lieu d'aller lettre par lettre. Ces modèles ont quelque chose de rassurant. Vous n'attendez pas un déclic unique : vous regardez votre enfant franchir une suite d'étapes, parfois vite, parfois lentement, presque toujours dans le même ordre. Les âges du tableau sont des moyennes, et votre enfant n'est pas une moyenne. L'ordre, en revanche, vaut pour tous.
Guide interactif
Les étapes de la lecture selon l'âge
Touchez une tranche d'âge : ce qu'on observe en général, un bon signe, et ce qui mérite d'être surveillé.
En général
Lit des phrases simples et ses premiers petits livres. En fin d'année, environ 60 mots correctement lus par minute selon les normes américaines (mesurées en anglais).
Bon signe
Se reprend tout seul quand un mot n'a pas de sens dans la phrase.
À surveiller
Lit toujours lettre par lettre, sans que le déchiffrage s'automatise.
Ces âges sont indicatifs, ce ne sont pas des échéances. Quelques mois d'avance ou de retard, c'est normal. Ce qui doit vous alerter, c'est un écart qui persiste malgré une pratique régulière.
Vous ne savez pas trop où en est votre enfant ? Readigo l'écoute lire à voix haute et vous montre, semaine après semaine, ce qui est acquis et ce qu'il faut encore retravailler.
Comment Readigo l'aide →4–5 ans : la pré-lecture et les tout premiers déchiffrages
À cet âge, en moyenne et en grande section, votre enfant n'est pas encore lecteur. Il pose les fondations sur lesquelles la lecture va s'appuyer. Trois choses comptent plus que tout. Le lien entre les lettres et les sons. Savoir que m fait /mmm/, et pas seulement que la lettre s'appelle « èm ». La plupart des enfants de 4 ans connaissent le nom de quelques lettres. L'enjeu de ces deux années est de passer du nom de la lettre au son qu'elle fait, en commençant par les voyelles et les consonnes qu'on peut faire durer (s, f, l, m, ch). Le National Reading Panel américain (2000) a classé l'enseignement explicite et systématique du code, ce que les pays anglophones appellent phonics, parmi les cinq piliers d'un enseignement de la lecture fondé sur la recherche. Et ce travail commence ici, pas plus tard. La conscience phonémique. C'est la capacité à entendre et à manipuler les sons à l'intérieur des mots parlés, sans aucune lettre. « Quel est le premier son de fraise ? » « Qu'est-ce qui rime avec chapeau ? » « Dis sapin sans le /s/. » D'après la synthèse du NRP, c'est le meilleur indicateur précoce de la future lecture, plus parlant que le QI mesuré à 5 ans. Cinq minutes par jour en voiture ou dans le bain suffisent. Assembler les sons. Vers la fin de cette période, beaucoup d'enfants arrivent à fusionner des sons : /m/ et /a/ font ma ; ma et mie font mamie. La première fois que ça marche, c'est un très beau moment pour un parent. En français, on part de syllabes simples, une consonne puis une voyelle (la, mi, po, ru). Avec six à huit consonnes et quelques voyelles, l'enfant peut déjà lire des dizaines de mots : lama, moto, ami, lune. Les mots appris par cœur, avec modération. Les petits anglophones mémorisent tôt quelques sight words, ces mots très fréquents de l'anglais qui ne se lisent pas comme ils s'écrivent (the, was, said). En français, la question se pose beaucoup moins, car presque tout se déchiffre. Les mots-outils (et, est, les, dans) viendront au CP. Inutile de faire apprendre des listes de mots en grande section : le code reste le chemin principal. Lui lire des histoires fait l'essentiel du travail. Votre enfant comprend bien plus de choses qu'il ne peut en lire. Lui lire des albums au-dessus de son niveau enrichit son vocabulaire, lui donne le sens du récit et habitue son oreille à la langue des livres. Aux États-Unis, l'ouvrage de référence des parents sur le sujet est le Read-Aloud Handbook de Jim Trelease. Son message tient en une ligne : 15 minutes par jour. Si votre enfant termine cette période en connaissant le son de la plupart des lettres, en trouvant des rimes et en assemblant parfois deux sons, il est sur la bonne voie. Pour la liste complète des signes que la recherche relie à la future lecture, voyez les signes de préparation à la lecture avant le CP.
5–6 ans : les débuts du déchiffrage, entre grande section et CP
Aux États-Unis, l'apprentissage formel de la lecture commence dès 5 ans, l'âge de la grande section. En France, il commence au CP, un an plus tard (au Québec, en 1re année). La grande section prépare le terrain : les lettres, les sons, les syllabes. Puis, dès les premières semaines de CP, l'enfant qui, à 5 ans, assemblait quelques syllabes lit de courtes phrases déchiffrables, de plus en plus vite. Le travail s'élargit alors dans trois directions. Les sons qui s'écrivent avec plusieurs lettres. En anglais, la grande étape suivante est le « e magique » (cap devient cape). En français, ce sont les graphèmes complexes : ou, on, an, oi, ch, eau, deux ou trois lettres pour un seul son. Chacun débloque des centaines de mots. Les groupes de consonnes et les lettres muettes. Bl, tr, fr, str : l'enfant apprend à lire bra, tri, flo. Il découvre aussi que le français écrit des lettres qu'on n'entend pas, comme le t de chat. Les manuels de CP les abordent dans un ordre précis. Les livres déchiffrables. De petits livres écrits uniquement avec les sons que l'enfant a déjà étudiés. Évitez ceux qui le poussent à deviner les mots d'après l'image ou le début de la phrase (le three-cueing des Américains, cousin de notre méthode semi-globale) : la recherche a abandonné cette approche depuis une dizaine d'années. Et les chiffres ? Les normes américaines de Hasbrouck et Tindal (2017), mesurées en anglais, ne commencent qu'au milieu de l'année équivalente au CP, avec une médiane (le 50e percentile) de 29 mots correctement lus par minute (MCLM). C'est lent et laborieux à écouter, et c'est normal : le cerveau travaille dur sur chaque mot. La lecture répétée commence à payer. Samuels (1979) a montré que relire trois ou quatre fois le même court passage rend la lecture plus fluide, et que ce progrès se retrouve sur des textes nouveaux. Un livre déchiffrable lu trois fois dans la semaine vaut mieux que trois livres nouveaux lus une seule fois. Les signaux d'alerte à cet âge n'ont rien de dramatique, mais ils méritent votre attention : un enfant qui termine la grande section sans connaître le son des lettres, qui n'arrive pas à trouver des rimes, qui ne parvient à assembler aucune syllabe, ou dont un parent est dyslexique. Aucun de ces signes n'est un diagnostic. Ce sont des raisons de rester attentif et de miser sur la pratique quotidienne. Pour la question que les parents se posent le plus souvent à cet âge, voyez mon enfant de 5 ans est-il en retard en lecture ?.
6–7 ans : le CP, l'année du grand bond
Pour la plupart des enfants, c'est au CP que tout s'accélère. La fin de l'année ne ressemble en rien à la rentrée : en septembre, beaucoup déchiffrent encore syllabe par syllabe, avec effort ; en juin, un lecteur typique lit de petites histoires, avec un peu d'aide. Chez les petits Américains, la médiane de fin d'année (au printemps) est de 60 MCLM pour l'équivalent du CP selon Hasbrouck et Tindal, et le quart le plus rapide dépasse 91. Les écarts sont larges et normaux. Un enfant à 60 est pile dans la moyenne. Un enfant en dessous de 34 fait partie du quart le plus lent et mérite qu'on le suive de plus près. Un enfant à 116 ou plus est dans les 10 % les plus rapides. Ces chiffres sont mesurés en anglais. Pour un enfant qui lit en français, le repère officiel de fin de CP fixé par l'Éducation nationale est de 50 MCLM : le détail, niveau par niveau, se trouve dans notre article sur les normes de lecture du CP au CM2. Dans le modèle d'Ehri, votre enfant entre dans la phase alphabétique complète : il lit des mots qu'il n'a jamais vus en assemblant les sons, au lieu de reconnaître seulement ceux qu'il a mémorisés. Le déchiffrage n'arrête plus la lecture à chaque mot. Quoi lire à ce stade. - Des textes déchiffrables pour la lecture à voix haute de tous les jours, comme les premières lectures de Sami et Julie. - Puis de petites histoires illustrées et des BD courtes comme Tom-Tom et Nana. Pour savoir à quel âge passer aux premiers romans, et à quels signes on voit que votre enfant est prêt, voyez à quel âge un enfant peut-il lire des romans ?. - Continuez à lui lire des livres au-dessus de son niveau : La cabane magique, Roald Dahl, les Contes de la rue Broca. Sa compréhension à l'oral a encore une bonne longueur d'avance sur sa lecture. Le moteur, c'est la lecture à voix haute de tous les jours. C'est ici que se vérifie le modèle simple de la lecture (Gough et Tunmer, 1986) : compréhension en lecture = déchiffrage × compréhension de la langue orale. Après des années d'histoires écoutées, votre enfant comprend déjà bien la langue. Ce qu'il construit cette année, c'est le déchiffrage, et le déchiffrage se construit en lisant à voix haute, chaque jour, avec quelqu'un qui écoute. Quand s'inquiéter. Votre enfant finit le CP sans lire couramment des syllabes et des mots simples, confond encore des sons étudiés depuis des mois, ou comprend bien mieux une histoire que vous lui lisez qu'un texte qu'il lit lui-même ? Parlez-en à l'enseignant et demandez s'il faut envisager un bilan. Les évaluations nationales de début et de milieu de CP donnent déjà de bons indices.
7–8 ans : le CE1, l'année de la fluence
Le CE1 est l'année de la fluence (on parle plutôt de fluidité au Québec). Le déchiffrage des deux années précédentes porte ses fruits, et la lecture à voix haute s'accélère nettement. Aux États-Unis, la médiane de fin d'année pour l'équivalent du CE1 est de 100 MCLM au printemps selon Hasbrouck et Tindal. Elle était de 60 un an plus tôt, et de 50 seulement à la rentrée de septembre : le chiffre double en une seule année scolaire. Aucune autre année ne connaît un tel bond. Ce qui change, c'est l'automatisation du déchiffrage. Votre enfant ne décode plus chaque mot : il reconnaît d'un coup d'œil des mots entiers et des morceaux de mots. C'est la phase alphabétique consolidée d'Ehri : -tion se lit d'un bloc, et non comme quatre lettres séparées. La lecture expressive apparaît. En CP, l'enfant lit souvent d'une voix plate, un mot après l'autre, sans phrasé. En CE1, un lecteur typique marque les pauses, met le ton et cherche à faire passer le sens, pas seulement à déchiffrer. C'est l'un des signes les plus nets que la fluence s'installe vraiment. C'est le moment de la lecture répétée. Samuels (1979) a observé les plus gros progrès précisément à ce stade, quand le déchiffrage est presque toujours juste mais pas encore rapide. Un court passage relu trois ou quatre fois dans la semaine, avec un retour après chaque lecture, rend la lecture plus fluide, et ce progrès se retrouve sur des textes nouveaux. Quoi lire. - Des romans courts que votre enfant peut lire seul : La cabane magique, Anatole Latuile, Le Petit Nicolas, les petits livres de Max et Lili. - Toujours des histoires lues par vous, au-dessus de son niveau, pour le vocabulaire. - Des livres qu'il choisit lui-même, même s'ils sont « trop faciles » d'après un tableau. Ce qui compte, c'est le temps passé à lire. Le signal à surveiller. Si votre enfant termine le CE1 bien en dessous de 70 MCLM malgré une lecture quotidienne, c'est l'information la plus parlante dont vous disposiez. Ce chiffre coïncide d'ailleurs avec le repère officiel français de fin de CE1. L'écart avec les camarades ne se comblera pas tout seul. C'est là que s'enclenche l'effet Matthieu décrit par Stanovich (1986) : les bons lecteurs lisent davantage, gagnent du vocabulaire et prennent de l'avance ; les lecteurs en difficulté lisent moins, décrochent un peu plus, et l'écart se creuse d'année en année.
8–9 ans : le CE2, d'« apprendre à lire » à « lire pour apprendre »
Le CE2 est l'année charnière. Chall la place à la frontière entre son stade 2 (la fluence) et son stade 3 (lire pour apprendre). En France, c'est aussi la dernière année du cycle des apprentissages fondamentaux. Jusque-là, l'école apprend surtout à lire. À partir du CM1, elle suppose que l'enfant sait lire et se sert de la lecture pour tout le reste : sciences, histoire, géographie, problèmes de maths. Un enfant qui bute encore sur le déchiffrage à la fin du CE2 n'a donc pas qu'un problème de lecture : c'est toute sa scolarité qui se complique. Aux États-Unis, une étude de Donald Hernandez pour l'Annie E. Casey Foundation a montré que les élèves qui ne lisent pas correctement à la fin de l'année équivalente au CE2 ont quatre fois plus de risques de quitter le lycée sans diplôme que les bons lecteurs. L'année n'a rien de magique en soi. C'est le programme qui change ensuite. À quoi ressemble une année « normale ». - Médiane américaine de fin d'année, le 50e percentile de Hasbrouck et Tindal : 112 MCLM. La progression depuis la fin de l'année précédente (100) est plus modeste, et c'est attendu : la fluence progresse le plus vite pendant l'année du CE1, puis plus lentement. - Certains enfants lisent des romans seuls, pour le plaisir. - L'enfant lit aussi pour s'informer, dans des documentaires (sciences, histoire, géographie). - Orthographe, écriture et lecture avancent visiblement ensemble. Un enfant qui lit bien à cet âge écrit en général bien, et inversement. Quoi lire. - Des séries plus longues : Le Club des Cinq, les aventures de La cabane magique, les BD d'Astérix et de Tintin. - Les premiers vrais romans d'un seul tenant : Matilda, Charlie et la chocolaterie. - Des documentaires à son niveau : magazines jeunesse, livres sur les sujets qui le passionnent. - Et toujours des moments de lecture à voix haute avec vous, sur des textes bien plus riches qu'avant. Protégez le temps de lecture cette année. Un enfant qui lit 20 minutes par jour en dehors de l'école rencontre environ 1,8 million de mots par an ; un enfant qui ne lit presque pas en dehors de l'école (environ 6 secondes par jour) en rencontre environ 8 000 (Anderson, Wilson et Fielding, 1988). Accumulez cet écart d'année en année, et vous obtenez l'effet Matthieu de Stanovich. Si votre enfant arrive à cet âge avec un déchiffrage encore fragile, ne comptez pas sur le temps pour arranger les choses. Chez certains enfants, cela passe. Chez beaucoup, non. Si vous avez des doutes, c'est le bon âge pour demander un vrai bilan.
10–12 ans : les années de la compréhension
Entre 10 et 12 ans, le déchiffrage devrait être devenu invisible. Un lecteur à l'aise ne pense plus aux lettres : il pense au sens. Ce qui fait désormais la différence, c'est la compréhension, le vocabulaire et la quantité de lecture. Les normes américaines. Selon Hasbrouck et Tindal, le 50e percentile de fin d'année est de 133 MCLM pour l'équivalent du CM1 et de 146 MCLM pour celui du CM2. Après le CM2, la courbe ne monte plus : à voix haute, on ne peut pas lire beaucoup plus vite qu'on ne parle de façon intelligible. La lecture silencieuse, elle, continue d'accélérer jusqu'à l'âge adulte. Vers la 6e, beaucoup d'enfants lisent plus vite dans leur tête qu'à voix haute. L'effet Matthieu s'amplifie. C'est à cet âge que les lecteurs s'éloignent le plus les uns des autres. L'enfant qui lit 20 minutes par jour pour son plaisir a pris, en 6e, une sérieuse avance sur celui qui ne lit que ce qu'on lui demande. Stanovich (1986) y voyait l'inégalité centrale de la lecture : de petites différences au départ deviennent d'énormes écarts, parce que c'est en lisant qu'on devient meilleur lecteur. Le vocabulaire devient le nouveau point de blocage. Un élève de CM1 qui déchiffre n'importe quel mot mais ne sait pas ce que veulent dire démocratie, interpréter ou photosynthèse ne comprend pas ses leçons. Pour enrichir le vocabulaire à cet âge, le plus efficace reste de lire beaucoup et de parler beaucoup. Lui lire des livres plus difficiles marche encore : il n'y a pas d'âge limite pour écouter une histoire. Les bons lecteurs, à cet âge : - choisissent de lire seuls, pour le plaisir ; - lisent des romans plus complexes, y compris des romans pour ados ; - comprennent des documentaires sur des sujets qu'ils ne connaissent pas ; - s'aident du contexte pour comprendre un mot inconnu ; - lisent de manière expressive : on a l'impression qu'ils racontent une histoire, pas qu'ils alignent des mots. Les lecteurs en difficulté, à cet âge : - évitent la lecture par tous les moyens ; - lisent à une vitesse presque normale, mais sont incapables de dire de quoi parlait le texte ; - ont un vocabulaire nettement plus pauvre que leurs camarades ; - ne lisent rien en dehors de ce qui est imposé. Pour ce second groupe, il faut agir sur deux fronts : redonner le goût de lire avec des livres qui leur font vraiment envie (BD, mangas, biographies de sportifs, peu importe), et retravailler la fluence si c'est elle qui bloque. Pour les parents qui veulent comprendre pourquoi certains lecteurs calent à cet âge, Proust et le calamar de Maryanne Wolf (paru en anglais en 2007) explique ce que la lecture fait au cerveau.
Quand l'écart est-il normal, et quand pose-t-il problème ?
Deux enfants du même âge peuvent lire des choses très différentes et être tous les deux sur la bonne voie. La fourchette normale est large. Les normes de Hasbrouck et Tindal sont d'ailleurs présentées par percentiles justement parce qu'il n'existe pas un seul bon chiffre : au même âge, un enfant au 25e percentile et un autre au 75e semblent très différents, et vont pourtant bien tous les deux. Ce qui reste dans la norme : - un enfant de 5 ans qui ne lit pas du tout (en France, c'est le cas de la plupart : la lecture s'apprend au CP) ; - un enfant de 6 ans qui déchiffre lentement des syllabes et des mots simples ; - un enfant de 7 ans qui lit deux fois moins vite qu'un très bon lecteur du même âge ; - un enfant de 9 ans qui préfère qu'on lui lise une histoire plutôt que de la lire lui-même. Tout cela reste normal, surtout si l'enfant lit régulièrement. Ce qui doit vous alerter : - après 5 ans, une incapacité persistante à trouver des rimes ; - en fin de grande section, une très faible connaissance du son des lettres ; - en fin de CP, l'incapacité à lire des syllabes et des mots simples ; - en fin de CE1, une lecture bien en dessous de 70 MCLM malgré une pratique quotidienne ; - un net écart entre ce que votre enfant comprend quand on lui lit un texte et quand il le lit lui-même : c'est le profil typique de la dyslexie ; - des parents, des frères ou des sœurs dyslexiques, ou qui ont eu du mal à apprendre à lire ; - un enfant qui est passé de « n'aime pas trop lire » à une vraie détresse devant un livre. L'International Dyslexia Association américaine publie pour les parents une liste des signes par âge. Selon elle, jusqu'à 1 enfant sur 5 présente certains signes de dyslexie, à des degrés divers. La plupart ne sont repérés qu'au CE2 ou au CM1. Un bilan précoce coûte peu et permet d'écarter le pire ; un bilan tardif coûte des années de difficultés inutiles. En France, le premier interlocuteur est l'enseignant, puis le médecin, qui peut prescrire un bilan orthophonique ; au Québec, c'est souvent l'orthopédagogue de l'école. (Voir aussi les signes qu'un enfant a besoin d'aide en lecture.)
Ce que vous pouvez faire à la maison, quel que soit l'âge
Les repères par âge vous disent où se situe votre enfant. Ce qu'il faut faire à la maison, en revanche, change à peine. Lui lire une histoire chaque jour, 15 minutes. Le Read-Aloud Handbook de Jim Trelease repose sur un constat qui revient d'étude en étude : 15 minutes par jour suffisent à faire bouger les choses. Même heure, même endroit, téléphones rangés. Si l'histoire du soir marche si bien, ce n'est pas un hasard. Moitié-moitié. La moitié du temps, c'est vous qui lisez, au-dessus de son niveau (vocabulaire, sens du récit, compréhension). L'autre moitié, c'est lui qui vous lit un texte à son niveau (déchiffrage, fluence, correction immédiate). La plupart des parents font l'un sans l'autre. Les deux comptent. D'abord des livres déchiffrables, puis de vrais livres. Choisissez le livre selon l'étape où en est votre enfant dans les phases d'Ehri. À 5 ans, un enfant qui ne relie pas encore les lettres aux sons a besoin d'histoires lues par vous, de jeux de sons, puis de ses premiers textes déchiffrables. À 9 ans, un lecteur à l'aise a besoin de lire beaucoup, et de choisir ses livres. La lecture répétée pour la fluence. Le constat de Samuels en 1979 tient toujours : un court passage relu trois ou quatre fois dans la semaine, avec un retour après chaque lecture, rend la lecture plus fluide, et cela se retrouve sur d'autres textes. C'est la pratique la plus sous-utilisée à la maison. Parler des livres. Hart et Risley (1995) ont montré à quel point la quantité de langage qu'entend un enfant pèse sur sa future lecture. À table, parlez des personnages et de ce qu'ils ont fait. Demandez-lui ce qui va se passer ensuite. Tout cela travaille le vocabulaire et la compréhension, et ne coûte rien. Préserver le plaisir. Un enfant qui associe la lecture aux disputes lit moins. Et un enfant qui lit moins lit moins bien. Laissez tomber le livre sur lequel il bloque. Raccourcissez la séance. Cinq minutes de lecture joyeuse valent mieux que 20 minutes de bataille. Vous jouez sur plusieurs années, pas sur un soir.
Des outils adaptés à l'étape où en est votre enfant
Le bon outil dépend de l'étape où en est votre enfant. Un enfant qui ne lit pas encore a besoin d'histoires lues à voix haute et de jeux de lettres et de sons, pas d'une application. Un lecteur à l'aise de 9 ans a besoin de lire beaucoup et de parler de ses lectures, pas d'une application non plus. Un outil devient utile entre les deux, de 5 à 9 ans, quand votre enfant s'entraîne à lire à voix haute et qu'il faut quelqu'un pour l'écouter. C'est pour ce moment-là que Readigo a été conçue. L'application écoute votre enfant lire à voix haute, en français ou en anglais, repère les mots sur lesquels il bute et note chaque phrase sur la précision, la fluidité, le rythme et la clarté, à partir des correspondances entre lettres et sons. Elle ne remplace pas la lecture avec vous. C'est la séance de lecture du mardi soir, quand vous êtes fatigué et que votre enfant a quand même besoin de s'entraîner, avec des histoires à son niveau à lui, pas à celui d'un enfant moyen. Si cela peut vous être utile, découvrez la recherche sur laquelle elle s'appuie ou voyez comment elle fonctionne pour les familles. Soyons honnêtes, pour notre outil comme pour les autres : l'essentiel du chemin pour devenir lecteur, c'est de lire chaque jour avec quelqu'un qui écoute. Toute la question est de savoir si cette lecture a vraiment lieu tous les jours.
Sources
- Chall, J. S. (1983) - Stages of Reading Development
- Ehri, L. C. (2005) - Learning to Read Words: Theory, Findings, and Issues
- National Reading Panel (2000) - Teaching Children to Read
- Hasbrouck, J. & Tindal, G. (2017) - Oral Reading Fluency Norms
- Samuels, S. J. (1979) - The method of repeated readings
- Stanovich, K. (1986) - Matthew Effects in Reading
- Hart, B. & Risley, T. (1995) - Meaningful Differences in the Everyday Experience of Young American Children
- Trelease, J. - The Read-Aloud Handbook (8th ed., 2019)
- Gough, P. & Tunmer, W. (1986) - Decoding, reading, and reading disability
- Hernandez, D. J. (2011) - Double Jeopardy: How Third-Grade Reading Skills and Poverty Influence High School Graduation (Annie E. Casey Foundation)
- Wolf, M. (2007) - Proust and the Squid
- International Dyslexia Association - Dyslexia at a Glance