Signes de dyslexie chez l'enfant : le guide des parents, fondé sur la recherche (2026)
Par Équipe éditoriale Readigo · 2026-05-16 · 18 min de lecture
Réponse courte
Les signes précoces de dyslexie les plus fréquents : du mal à trouver des rimes après 5 ans, des confusions entre les sons des lettres qui durent après le CP, une lecture lente et pénible, des fautes sur des mots simples, et des difficultés de lecture dans la famille. Selon l'International Dyslexia Association (IDA), environ 1 enfant sur 5 est concerné, à un degré ou à un autre. Plus on repère tôt et plus vite commence un enseignement explicite et structuré du code écrit, plus l'aide est efficace.
Ce qu'est vraiment la dyslexie
La dyslexie est un trouble spécifique de l'apprentissage qui touche la façon dont le cerveau traite le langage. Ce n'est pas un problème de vue. Ce n'est pas un manque d'intelligence, ni la conséquence d'un mauvais enseignement ou de la paresse. En France, on la range parmi les « troubles dys » ; au Québec, on parle de trouble spécifique d'apprentissage de la lecture. La définition la plus citée par les professionnels est celle de l'International Dyslexia Association (IDA), une association américaine : > La dyslexie est un trouble spécifique de l'apprentissage d'origine neurobiologique. Elle se caractérise par des difficultés à reconnaître les mots de façon exacte et/ou fluide, et par de faibles capacités en orthographe et en décodage. Ces difficultés résultent généralement d'un déficit de la composante phonologique du langage, souvent inattendu au regard des autres capacités cognitives de l'enfant et d'un enseignement efficace en classe. Trois choses ressortent de cette définition. D'abord, elle est neurobiologique. Sally Shaywitz, codirectrice du Yale Center for Dyslexia and Creativity et autrice d'Overcoming Dyslexia (2003, 2e édition 2020), fait autorité sur ce point. Ses études en IRM fonctionnelle ont cartographié les circuits de la lecture : quand ils déchiffrent un mot, les enfants dyslexiques ne mobilisent pas leur cerveau comme les autres lecteurs. C'est une question de câblage, pas de caractère. Ensuite, le déficit est phonologique. Le plus dur, pour eux, c'est de relier les sons aux lettres : découper le mot entendu moto en [m] [o] [t] [o], puis retrouver les lettres qui écrivent chacun de ces sons. Voilà pourquoi un enfant dyslexique bute souvent sur les rimes, l'orthographe et le déchiffrage des mots nouveaux, longtemps après ses camarades. Enfin, elle est inattendue. Les enfants dyslexiques sont souvent vifs. Ils raisonnent bien, s'expriment bien et comprennent parfaitement une histoire quand on la leur lit. C'est ce décalage entre une intelligence évidente et une lecture si difficile qui déroute parents et enseignants, et qui explique que la dyslexie passe si souvent inaperçue. (Elle est aussi très souvent familiale, l'une des premières questions que se posent les parents : la réponse détaillée est dans la dyslexie est-elle héréditaire ?.) Le message central de Shaywitz dans Overcoming Dyslexia : la dyslexie se repère, elle se travaille, et un enfant qui reçoit tôt le bon enseignement peut devenir un bon lecteur. Le câblage est réel, mais ce n'est pas une fatalité.
Démo
Ce que l'application entend sur un court passage
La démo démarre toute seule. Les mots s'allument un à un, comme quand l'application suit un enfant qui lit à voix haute, et le défilement ralentit là où il bute.
Milo le renard a trouvé un cerf-volant rouge coincé tout en haut du vieux chêne, et il a tiré jusqu'à le décrocher.
Les mots difficiles sont soulignés en orange.
1 enfant sur 5 : pourquoi il faut repérer tôt
Selon Shaywitz et l'IDA, environ 1 enfant sur 5 présente une dyslexie, plus ou moins marquée. Ce chiffre vient d'études menées dans les pays anglophones, et il compte large : Shaywitz voit la dyslexie comme un continuum, des formes légères aux plus sévères. En France, l'expertise collective de l'Inserm, qui ne retient que les formes modérées à sévères, arrive à une proportion nettement plus faible. Dans les deux cas, c'est le plus fréquent des troubles des apprentissages. Avec l'estimation américaine, dans une classe de 25 élèves, cinq sont concernés à des degrés divers. La plupart ne sont repérés qu'en CE2 ou en CM1, et beaucoup ne le sont jamais. Repérer tôt compte à cause de l'effet Matthieu décrit par Stanovich (1986) : en lecture, les riches s'enrichissent et les pauvres s'appauvrissent. L'enfant qui déchiffre bien lit davantage ; en lisant davantage, il gagne du vocabulaire, de la fluence (on parle de fluidité au Québec) et des connaissances. Celui qui déchiffre mal lit moins, et il décroche sur tous les plans. Un petit écart au CP devient un grand écart au CM1, non parce que la dyslexie s'aggrave, mais parce que les heures de lecture s'additionnent d'un côté et manquent de l'autre. Plus votre enfant reçoit tôt un enseignement fondé sur la recherche, plus il est facile de combler l'écart avant que cet effet boule de neige ne s'installe. Shaywitz y revient sans cesse : le même cerveau dyslexique qui peine au CM1 peut très bien s'en sortir si l'aide commence en grande section ou au CP. Plus tard, cette aide marche encore, mais il y a plus de chemin à rattraper. Pour vous, cela veut dire une chose : un enfant qui semble en difficulté à 5 ou 6 ans n'est pas trop jeune pour qu'on s'en occupe. C'est même le bon âge.
Les signes selon l'âge
La dyslexie ne se manifeste pas de la même façon à tous les âges, parce que ce qu'on demande à l'enfant change d'une année sur l'autre. L'IDA et Shaywitz publient chacune une liste de signes par âge. Celle-ci s'appuie sur les deux, avec des exemples en français. En maternelle (3–5 ans). - Il parle plus tard que les enfants de son âge. - Il a du mal à apprendre et à retenir le nom des lettres. - Il retient difficilement les comptines. - À 5 ans, il ne trouve pas de rimes (chat, rat, plat). - Il confond des mots qui se ressemblent à l'oreille. - Dans la famille, quelqu'un a eu du mal à lire ou à écrire, avec ou sans diagnostic. La plupart des enfants qui parlent tard ne sont pas dyslexiques. Mais un langage tardif, des rimes difficiles et des antécédents familiaux, quand ils se cumulent, comptent parmi les signes précoces les plus prédictifs selon la recherche. En grande section et au CP (5–7 ans). - Après des mois d'apprentissage, il retient mal le son des lettres. - Il confond des lettres qui se ressemblent (b/d, p/q). C'est normal à 5 ans ; c'est un signal si cela dure à 7 ans malgré l'entraînement. - Il confond des sons proches, comme [f] et [v] ou [ch] et [j]. - Même après beaucoup d'entraînement, il n'arrive pas à assembler des sons simples (m-o → mo, l-a → la, mo-to → moto). - Son orthographe ne suit pas les sons. Écrire bato pour bateau est normal à cet âge : il a bien entendu les sons. Écrire btu ou des lettres au hasard ne l'est pas. - Il évite tout ce qui demande de lire ou d'écrire. - Il devine les mots à partir de la première lettre ou de l'image. Pour Shaywitz, c'est à cet âge qu'une évaluation rapporte le plus. Un enfant qui finit le CP sans savoir lire des syllabes et des mots simples (ma, lune, moto), malgré un enseignement régulier, sort des variations normales. En CE1 et en CE2 (7–9 ans). - À voix haute, sa lecture est lente, laborieuse, hachée, nettement en dessous de celle de ses camarades. - Il devine les mots d'après leur allure au lieu de les déchiffrer. - Il fait encore des fautes sur des mots simples. - Il comprend bien mieux une histoire qu'on lui lit qu'un texte qu'il lit seul. Ce grand écart entre la compréhension à l'écoute et la compréhension en lecture est la signature classique de la dyslexie. - Il a du mal à mémoriser des suites (les jours de la semaine, les tables de multiplication). - Il évite de lire à voix haute en classe. À cet âge, la vitesse de lecture donne un repère objectif. Les normes américaines de Hasbrouck et Tindal, mesurées en anglais, voient un signal fort chez un enfant qui reste nettement sous le 25e percentile malgré un entraînement régulier : pour des élèves américains, cela représente environ 70 mots correctement lus par minute en fin de CE1 et 90 en fin de CE2. En France, on se réfère plutôt aux repères ÉduScol, exprimés en MCLM. À partir du CM1 (9 ans et plus). - Il lit nettement en dessous de son niveau de classe, alors que son intelligence est normale, voire très bonne. - Il ne comprend pas des textes de son niveau qu'il comprendrait si on les lui lisait. - À l'oral, il cherche ses mots (« le truc, tu sais, le truc »). - Il a du mal à apprendre une langue étrangère. - Ses fautes d'orthographe persistent sur des mots courants. - Il fuit la lecture, et on voit poindre l'anxiété ou la honte. C'est l'âge du passage, décrit par la chercheuse américaine Jeanne Chall, d'« apprendre à lire » à « lire pour apprendre ». Les enfants dyslexiques passés entre les mailles du filet se heurtent à un mur dès que les leçons supposent une lecture fluide. L'IDA est claire : n'attendez pas la fin du CM1 en espérant que cela s'arrange tout seul.
Ce que la dyslexie n'est pas
Quelques idées reçues tenaces retardent le diagnostic et embrouillent les parents. Mieux vaut les nommer. Ce n'est pas voir les lettres à l'envers. C'est l'idée reçue la plus répandue, et elle est largement fausse. Confondre b et d jusqu'à 7 ans est normal chez tous les enfants ; ce n'est pas propre à la dyslexie. Les enfants dyslexiques ne voient pas les lettres en miroir, et leur cerveau ne retourne pas le texte. Le vrai déficit est phonologique (relier les sons aux lettres), pas visuel. Les travaux d'imagerie de Shaywitz le montrent clairement depuis deux décennies. Ce n'est pas de la paresse. Un enfant qui évite de lire évite quelque chose qui lui coûte. L'évitement est la conséquence, pas la cause. Le traiter comme un problème de motivation, à coups de récompenses, de punitions ou de sermons sur l'effort, aggrave presque toujours les choses. Ce n'est pas un manque d'intelligence. Beaucoup d'enfants dyslexiques sont très vifs. La définition de l'IDA emploie le mot inattendu : la difficulté en lecture ne correspond pas aux autres capacités de l'enfant. L'intelligence n'est pas en cause. Ce n'est généralement pas la faute de l'école. Certaines écoles enseignent mal la lecture, et c'est un autre problème. Mais un enfant qui a eu un bon enseignement et qui ne sait toujours pas déchiffrer à la fin du CP n'est pas simplement victime de l'école. Il a sans doute besoin d'un bilan. Ça ne se guérit pas. La dyslexie dure toute la vie : le câblage du cerveau ne change pas. Ce qui change, c'est la capacité de votre enfant à compenser. Avec un enseignement explicite et structuré, la plupart des adultes dyslexiques lisent aussi bien que les autres dans la vie de tous les jours. Ce n'est pas rare. 1 sur 5 selon l'estimation américaine, nettement moins selon l'Inserm : dans les deux cas, c'est le plus fréquent des troubles des apprentissages, et on le retrouve dans tous les milieux.
Comment diagnostique-t-on la dyslexie ?
Un bilan complet examine plusieurs compétences pour confirmer ou écarter le profil phonologique qui caractérise la dyslexie. L'IDA décrit la batterie d'épreuves habituelle, et un bilan sérieux, en France comme ailleurs, en couvre l'essentiel : - La conscience phonologique et phonémique : votre enfant sait-il jouer avec les sons des mots ? - La dénomination rapide (RAN) : à quelle vitesse nomme-t-il une rangée de lettres, de chiffres ou d'images ? - Les correspondances lettres-sons et le déchiffrage : sait-il lire des pseudo-mots comme ploutin ou rabol ? (C'est l'épreuve la plus fiable, car un vrai mot peut se deviner.) - La fluence de lecture : les mots correctement lus par minute (MCLM) sur un texte de son niveau. - La compréhension écrite, en général comparée à la compréhension orale. - L'orthographe. - Les capacités cognitives : une évaluation rapide, de type QI, pour établir l'écart inattendu. - L'histoire familiale et le développement de l'enfant, deux éléments qui pèsent lourd selon l'IDA. En France, tout commence par le bilan orthophonique. Il se fait sur ordonnance : le médecin traitant, le pédiatre ou le médecin scolaire peut le prescrire, et il est en partie pris en charge par l'Assurance maladie. Selon l'Assurance maladie, le diagnostic ne peut être posé avec certitude qu'à la fin du CE1, quand la plupart des enfants savent lire, mais rien n'empêche de repérer et d'aider bien avant. Si les difficultés sont sévères ou s'accompagnent d'autres troubles (un TDAH, de l'anxiété), le médecin peut demander un bilan pluridisciplinaire, avec un bilan neuropsychologique, voire orienter vers un centre de référence des troubles du langage et des apprentissages (chaque région en a un). À l'école, plusieurs dispositifs existent. Le PAP (plan d'accompagnement personnalisé) est conçu pour les troubles dys : le directeur de l'école le met en place à la demande de la famille ou des enseignants, après avis du médecin scolaire, sans passer par la MDPH. Si les besoins sont plus lourds (une aide humaine, du matériel adapté), la famille saisit la MDPH, qui peut décider d'un PPS (projet personnalisé de scolarisation). Le RASED (réseau d'aides spécialisées aux élèves en difficulté) peut aussi intervenir, à la demande de l'équipe enseignante et avec l'accord des parents. C'est une aide scolaire : elle ne remplace pas le bilan orthophonique. Au Québec, l'évaluation est faite par un orthophoniste ou par un neuropsychologue, à l'école ou en clinique privée. L'aide au quotidien passe souvent par l'orthopédagogue, et la direction de l'école établit avec les parents un plan d'intervention. Ailleurs, en Belgique ou en Suisse par exemple, on s'adresse au logopède. L'IDA tient aussi un annuaire international. Un diagnostic n'enferme pas votre enfant. Il lui ouvre l'accès à la bonne aide et, à l'école, à des aménagements : du temps supplémentaire, des consignes lues à voix haute, des livres audio pour l'histoire ou les sciences.
Ce qui aide : l'enseignement structuré et la méthode Orton-Gillingham
Ce qui aide un enfant dyslexique à lire est l'une des questions les mieux tranchées de la recherche en éducation. Aux États-Unis, on parle de structured literacy : un enseignement explicite, systématique et multisensoriel du code écrit. Sa racine est l'approche Orton-Gillingham (OG), mise au point par Samuel Orton et Anna Gillingham dans les années 1930 (à quoi ressemble une séance Orton-Gillingham fait l'objet d'un guide à part). Les programmes américains fondés sur la recherche en descendent presque tous : Wilson Reading, Barton, Lindamood-Bell LiPS, Spalding, et à l'école Fundations ou SPIRE. Ils sont peu utilisés en France, où ce travail revient surtout à l'orthophoniste, mais les principes sont les mêmes. Cinq caractéristiques se retrouvent dans tous les programmes bien validés : 1. Explicite. L'enseignant dit à l'enfant quelle est la règle. Rien n'est laissé à deviner. 2. Systématique et cumulatif. Les notions arrivent dans un ordre fixé, des plus simples aux plus complexes, et chaque leçon s'appuie sur la précédente. 3. Multisensoriel. L'enfant voit la lettre, dit le son, la trace du doigt, parfois avec un geste de la main. Mobiliser plusieurs sens à la fois ancre le lien entre la lettre et le son. En France, la méthode phonétique et gestuelle de l'orthophoniste Suzanne Borel-Maisonny, qui associe un geste à chaque son, repose sur la même idée. 4. Diagnostique et ajusté. L'enseignant vérifie sans cesse ce que l'enfant maîtrise et s'adapte. On ne passe pas à l'étape suivante tant que la précédente n'est pas acquise. 5. La combinatoire d'abord. Assembler les sons pour lire les mots (« b et a, ba ») est la voie principale, pas la mémorisation de mots entiers ni la devinette à partir de l'image. Le National Reading Panel américain (2000), qui a passé au crible environ 100 000 études sur la lecture et méta-analysé les plus rigoureuses, a été catégorique : un enseignement systématique du code fait mieux qu'un enseignement non systématique ou que la méthode globale. L'effet est le plus fort chez les enfants à risque de difficultés en lecture, précisément ceux dont parle cet article. Le « miracle du Mississippi ». La démonstration à grande échelle la plus nette vient de cet État américain. En 2013, il était 49e des États-Unis en lecture pour les élèves de quatrième année du primaire. Il a rendu obligatoire la formation de tous les enseignants à cet enseignement structuré, repéré dès la grande section chaque enfant à risque, et adopté des programmes structurés en grande section et au CP. En 2019, le Mississippi était remonté au 29e rang. Aux évaluations nationales américaines (NAEP) de 2024, il était en tête du pays pour les progrès des élèves de milieux modestes. Mêmes enfants, autre enseignement. Si votre enfant a un diagnostic de dyslexie, ou s'il y a de fortes raisons de la soupçonner, cherchez cet enseignement explicite du code. Les approches présentées comme « équilibrées », globales ou « centrées sur le sens » ne conviennent pas à un enfant dyslexique, aussi séduisantes qu'elles paraissent. En France, c'est aussi la ligne du ministère : son guide Pour enseigner la lecture et l'écriture au CP (le « guide orange ») recommande un enseignement explicite et syllabique du code. (Pour aller plus loin, voir méthode syllabique ou méthode globale.)
Ce que les parents peuvent faire à la maison
Le soutien à la maison ne remplace pas une rééducation, mais il change vraiment les choses pour un enfant dyslexique. Pour une routine pas à pas qui réunit les gestes ci-dessous en une séance de 20 minutes, du lundi au vendredi, voir comment aider un enfant dyslexique à lire à la maison. Plusieurs pratiques sont bien étayées par la recherche. Lisez-lui une histoire tous les jours. Le Read-Aloud Handbook de l'Américain Jim Trelease est devenu la bible des parents sur ce sujet. Pour un enfant dyslexique surtout, l'histoire du soir nourrit le vocabulaire, la compréhension des récits et le goût des histoires pendant que son déchiffrage reste lent. Le livre qu'il ne peut pas encore lire seul devient le sien grâce à votre voix. Et il n'y a pas d'âge pour arrêter. Associez livres audio et texte. Écouter un livre audio, ce n'est pas tricher. Suivre le texte imprimé en écoutant permet à un lecteur dyslexique d'accéder aux livres de son âge pendant que son déchiffrage rattrape son retard. Aux États-Unis, Learning Ally et Bookshare en ont fait leur spécialité ; ici, les livres audio de la médiathèque font très bien l'affaire. Faites-le lire dans des livres déchiffrables. Quand votre enfant lit, choisissez des textes qui n'utilisent que les sons et les graphies qu'il a déjà appris. Évitez les livres classés par niveau qui misent sur l'image et la devinette : ils installent des stratégies que l'enfant dyslexique devra désapprendre plus tard. (Voir ce que sont les livres déchiffrables pour le détail.) Pratiquez la lecture répétée. Samuels (1979) a montré que relire le même court passage trois ou quatre fois dans la semaine améliore la fluence, et que ces progrès se transfèrent à d'autres textes. Pour un enfant dyslexique qui automatise son déchiffrage, c'est l'une des pratiques les plus utiles à la maison. Soyez patient et explicite. Quand il bloque sur un mot, ne lui dites pas « déchiffre ! » : c'est justement ce qu'il n'arrive pas à faire seul. Aidez-le. Cachez le mot avec le doigt et découvrez-le syllabe par syllabe (ca, ra, mel), puis faites-lui lire le mot entier. Félicitez l'effort, pas la vitesse. Préservez son lien avec les histoires. Un enfant dyslexique peut adorer les livres bien avant de savoir les lire, et ce plaisir l'aidera à tenir sur le long chemin de la rééducation. Un enfant qui déteste les livres à 8 ans est bien plus mal parti qu'un enfant qui ne lit pas encore couramment à 8 ans.
Quand demander un bilan
La tentation d'attendre est forte. « Il est encore petit. » « Les garçons lisent plus tard. » « Mon neveu n'a su lire qu'à 8 ans, et aujourd'hui tout va bien. » C'est parfois vrai. Mais ces phrases ont aussi retardé bien des bilans, jusqu'à ce que l'enfant ait perdu beaucoup de terrain. Les signaux qui doivent vous faire agir : - Fin de grande section : il connaît très mal le son des lettres après une année d'apprentissage. - Fin de CP : il ne lit pas couramment des syllabes et des mots simples. - Fin de CE1 : il peine encore sur de courtes premières lectures et lit nettement moins de 70 MCLM (le repère ÉduScol de fin d'année) sur un texte de son niveau. - Un écart net et durable entre ce qu'il comprend à l'écoute et ce qu'il comprend en lisant. - Des antécédents familiaux de dyslexie ou de grosses difficultés en lecture. - Un évitement marqué, devenu anxiété, honte ou maux de ventre avant de lire en classe. En France, concrètement. Parlez-en à l'enseignant, puis au médecin traitant, au pédiatre ou au médecin scolaire, qui peut prescrire un bilan orthophonique. Si un trouble est confirmé, demandez un PAP : l'école met en place des aménagements (temps supplémentaire, consignes lues, livres audio) après avis du médecin scolaire, sans dossier MDPH. Le PPS, lui, passe par la MDPH, quand les besoins dépassent ce qu'un PAP peut offrir. Au Québec, parlez-en à l'enseignante et à la direction, et demandez un plan d'intervention et un suivi en orthopédagogie. Ailleurs, la plupart des pays offrent une voie équivalente dans l'école publique. Les modalités varient ; les antennes internationales de l'IDA peuvent vous orienter. La règle de Shaywitz : n'attendez pas. Un bilan précoce coûte peu et écarte le pire. Un bilan tardif coûte des années de difficultés inutiles.
Vivre avec la dyslexie, sur le long terme
La dyslexie ne se guérit pas, mais elle n'a pas à définir une vie. Beaucoup de personnalités parlent ouvertement de la leur : Charles Schwab, Steven Spielberg, Richard Branson, Whoopi Goldberg, John Irving, Octavia Spencer, Anderson Cooper, Keira Knightley, Jay Leno. Spielberg a raconté qu'il n'avait su lire qu'à 7 ans, et que sa dyslexie avait nourri sa façon de raconter en images. Les chefs d'entreprise, chirurgiens et architectes dyslexiques sont bien plus nombreux qu'on ne le croit. Dans Overcoming Dyslexia, Shaywitz insiste sur un point à retenir : la dyslexie va souvent de pair avec de vraies forces, comme un raisonnement solide, une vision d'ensemble, une imagination de conteur ou une façon originale de résoudre les problèmes. Ce ne sont pas des lots de consolation. Elles viennent du même câblage. Votre rôle est double. D'abord, obtenir tôt la bonne aide, pour que la dyslexie coûte le moins possible. Ensuite, protéger l'image que votre enfant a de lui-même, pour que des années d'efforts plus lourds que ceux des autres ne deviennent pas l'histoire d'un enfant « nul en lecture ». Les enfants qui ont les deux deviennent des lecteurs suffisamment à l'aise et des adultes confiants, souvent d'une créativité remarquable.
Des outils qui aident
Beaucoup d'applications de lecture sont surtout des jeux, avec un vernis de méthode syllabique. Pour un enfant dyslexique, un bon outil fait trois choses. Il le fait lire à voix haute chaque jour, au lieu de lui faire toucher l'écran en silence. Il réagit quand votre enfant lit un mot de travers, pas seulement à la fin. Et il s'adapte à son niveau au lieu d'être le même pour tous. C'est pour combler ce manque que Readigo a été conçue. L'application écoute votre enfant lire à voix haute, en français ou en anglais, note chaque phrase sur la précision, la fluidité, le rythme et la clarté, et repère les mots sur lesquels il a buté ; chaque semaine, vous recevez son rapport de lecture. Elle ne remplace pas la rééducation orthophonique, ni le travail d'un praticien Orton-Gillingham, si votre enfant a reçu un diagnostic. Elle apporte l'entraînement quotidien à la lecture à voix haute dont tout enfant dyslexique a besoin à côté de ce travail, à son niveau, un mardi soir où vous ne pouvez pas vous asseoir près de lui. (Pour savoir quoi regarder dans une application de lecture pour un enfant dyslexique, voir la meilleure appli de lecture pour la dyslexie.) Si cela vous intéresse, découvrez la recherche sur laquelle elle s'appuie. L'essentiel reste un entraînement régulier, chaque jour, avec quelqu'un qui écoute. L'application aide à ce que cela ait lieu ; elle ne fait pas le travail à la place de l'enfant.
Sources
- Shaywitz, S. (2003, 2020) - Overcoming Dyslexia
- International Dyslexia Association - Dyslexia at a Glance
- International Dyslexia Association - Definition of Dyslexia
- National Reading Panel (2000) - Teaching Children to Read
- Stanovich, K. (1986) - Matthew Effects in Reading
- Samuels, S. J. (1979) - The method of repeated readings
- Hasbrouck, J. & Tindal, G. (2017) - Oral Reading Fluency Norms
- Trelease, J. - The Read-Aloud Handbook (8th ed., 2019)
- Yale Center for Dyslexia & Creativity
- U.S. Department of Education - IDEA (Individuals with Disabilities Education Act)
- Mississippi Department of Education - Literacy-Based Promotion Act and outcomes